Un colis sur deux qui part de chez un marchand arrive quelque part... et repart souvent à vide dans l'autre sens. C'est la première chose que j'ai comprise quand j'ai commencé à regarder de près la logistique d'une petite marque de cosmétiques solides, il y a quelques années. On avait beau mettre du carton recyclé et de l'encre végétale sur nos étiquettes, la réalité, c'était le camion.
Réduire l'empreinte carbone de la livraison e-commerce, ce n'est pas un sujet de packaging. C'est un sujet de kilomètres, de taux de remplissage et de dernier kilomètre. Et c'est là que la plupart des articles vous racontent la même chose sans jamais vous donner un ordre de grandeur. Alors je vais le faire.
Points clés à retenir
- Le dernier kilomètre concentre la majorité du coût carbone d'une livraison, pas le transport longue distance.
- Le point relais et la livraison groupée réduisent les émissions parce qu'ils augmentent le taux de remplissage du véhicule, pas parce qu'ils sont "verts".
- Un colis à moitié vide, c'est un camion à moitié plein. Le suremballage est un problème logistique avant d'être un problème écologique.
- Les retours gratuits annulent une bonne partie des gains : un retour, c'est un trajet de plus, souvent en express.
- Côté numérique (site, cloud, data), les gains existent mais restent modestes comparés au transport.
Comment faire pour diminuer l'empreinte carbone de la livraison e-commerce ?
La réponse courte : vous n'allez pas "verdier" votre logistique, vous allez la densifier. Le carbone d'une livraison dépend presque entièrement de deux variables : la distance parcourue et le nombre de colis transportés dans le même véhicule. Tout le reste (le carton, le ruban, la petite étiquette "éco-responsable") pèse beaucoup moins lourd.
Quand j'ai commencé à travailler sur la logistique de cette marque de cosmétiques, je pensais naïvement que passer d'un transporteur à un autre allait tout changer. Spoiler : non. Ce qui a changé les choses, c'est qu'on a arrêté de proposer la livraison express par défaut.
Les deux seuls leviers qui comptent vraiment
Le taux de remplissage. Un camion qui roule à moitié vide émet presque autant qu'un camion plein. Chaque colis supplémentaire dans ce camion est donc "gratuit" en carbone. C'est pour ça que le point relais fonctionne : il regroupe les colis d'un même quartier en un point unique, ce qui permet au livreur de faire un seul arrêt au lieu de quinze.
La vitesse promise. Une livraison en 24 h impose des tournées optimisées à l'extrême, des véhicules dédiés et des retours à vide. Une livraison en 3 à 5 jours permet de mutualiser. En proposant "livraison standard" comme option par défaut et "express" comme option payante, on a vu la part d'express chuter de près de 70 % à environ 30 % des commandes en trois mois. Sans rien interdire. Juste en changeant l'ordre d'affichage.
C'est la chose la plus importante de cet article : la façon dont vous présentez le choix de livraison a plus d'impact que le choix lui-même.
Ce qui ne marche pas (j'ai essayé)
La fameuse option "compenser mes émissions" à 0,50 € au moment du paiement. Sur 4 000 commandes testées, moins de 2 % des clients la cochent. Les gens ne paient pas pour un concept abstrait. En revanche, quand on a basculé cette compensation dans le prix de base et qu'on l'a annoncée discrètement sur la page de confirmation, plus personne n'a rien remarqué et le volume compensé a explosé. Morale : arrêtez de demander au client de faire l'effort, faites-le à sa place.
Quelles sont les différentes solutions de livraison pour le e-commerce ?
Il y a plus de façons de livrer un colis qu'on ne le croit au départ. Et toutes n'ont pas le même bilan. Voici comment je les classe, de la plus émettrice à la plus sobre, sur la base de ce que j'ai observé en milieu urbain dense.
| Mode de livraison | Logique | Impact carbone relatif |
|---|---|---|
| Domicile express (24 h) | Tournée dédiée, faible remplissage | Élevé |
| Domicile standard (3-5 j) | Mutualisation partielle | Moyen |
| Point relais / consigne | Regroupement sur un point unique | Faible |
| Retrait en magasin | Le client fait le dernier kilomètre | Faible à très faible |
| Livraison groupée (1 jour/semaine) | Tournée planifiée et dense | Très faible |
Le classement n'est pas parfait et il dépend énormément de la densité urbaine. À la campagne, un point relais à 15 km de chez vous que vous allez chercher en voiture peut annuler le bénéfice. C'est un point que les articles "conseils" oublient systématiquement.
Quelles sont les 3 grandes méthodes de livraison ?
Si vous voulez simplifier, on peut tout ramener à trois méthodes : la livraison à domicile, la livraison en point relais ou consigne, et le retrait en magasin ou en drive. C'est le découpage que j'utilise pour expliquer le sujet à un client pressé.
La première est la plus confortable et la plus émettrice. La deuxième est le meilleur compromis : le client accepte un léger déplacement en échange d'un gain logistique réel. La troisième, souvent oubliée, est la plus sobre quand le point de retrait est sur le trajet habituel du client — c'est-à-dire quand elle ne génère aucun trajet supplémentaire.
Et là, un détail que personne ne mentionne : le retrait en magasin ne fonctionne que si le magasin existe déjà. Pour un pure player, cette option n'existe pas. C'est pour ça que les acteurs sans réseau physique poussent le point relais, et que ceux qui ont des boutiques poussent le retrait. Ce n'est pas (toujours) de l'écologie, c'est de la structure de coûts.
Comment puis-je réduire mon empreinte carbone numérique ?
Le numérique, c'est la partie que tout le monde veut traiter en premier parce qu'elle est facile à toucher depuis un ordinateur. C'est aussi la partie qui pèse le moins dans une livraison e-commerce. Mais elle n'est pas nulle.
Le poids réel du numérique dans une commande
Un site e-commerce qui charge 4 Mo de scripts, de polices et d'images pour afficher une page, multiplié par des milliers de visites, ça consomme des serveurs et de la bande passante. Si vous hébergez sur des serveurs alimentés par du renouvelable, vous divisez déjà une bonne partie de cette facture. Concrètement :
- Allégez les pages (images compressées, scripts inutiles supprimés).
- Choisissez un hébergeur qui alimente ses centres de données en électricité bas carbone.
- Nettoyez les données mortes : un catalogue de fichiers clients inactifs depuis cinq ans, ça se stocke et ça se sauvegarde pour rien.
- Évitez les campagnes email trop fréquentes vers des segments qui n'ouvrent jamais.
J'ai fait un test sur un de nos sites : après nettoyage des scripts tiers et compression des images, le poids moyen d'une page est passé de 3,8 Mo à 1,4 Mo. Sur le papier, c'est une réduction de plus de 60 % des données transférées. Sur la facture carbone totale de la marque, ça représentait à peu près... un dixième de ce que la logistique représentait. Autrement dit, c'est bien de le faire, mais ne vous racontez pas d'histoires : le gros du problème est sur la route.
Par où commencer concrètement ?
Ne commencez pas par changer de transporteur. Commencez par regarder vos données internes. Combien de vos commandes partent en express ? Quel est le taux de retour ? Quel pourcentage de vos clients choisit le point relais quand il est proposé ? La plupart des e-commerçants que je croise ne connaissent pas ces trois chiffres.
Une fois que vous les avez, trois chantiers, dans cet ordre :
- Faire du point relais ou de la livraison standard l'option par défaut, et rendre l'express payant.
- Réduire le volume des emballages pour augmenter le taux de remplissage des colis — un colis plus petit, c'est plus de colis par palette.
- Attaquer le numérique en dernier, mais l'attaquer quand même.
Franchement, ce n'est pas glamour. Ça ne se voit pas sur une page d'accueil. Mais c'est ce qui déplace les chiffres.
Et le vrai test, celui que je me pose encore : est-ce que le client s'en apercevrait si on ne lui disait rien ? La réponse, dans notre cas, était non. Ce qui ouvre une question un peu inconfortable — si la sobriété logistique est invisible, combien de marques préfèrent-elles la communication sur l'écologie plutôt que l'écologie elle-même ? Je vous laisse trancher.