Comment réduire les déchets plastiques de votre entreprise

Onze poubelles pour trente-deux personnes, et personne ne sait par où commencer. Découvrez pourquoi les PME qui réduisent vraiment leurs déchets plastiques ne sont pas celles qui achètent le plus de bacs de tri.

Comment réduire les déchets plastiques de votre entreprise

La première fois que j'ai fait le tour d'un atelier pour compter les poubelles, j'ai trouvé onze bacs. Onze. Pour trente-deux personnes. Et dans au moins six d'entre eux, il y avait des gants en nitrile usagés qui n'avaient rien à faire là. Le responsable d'atelier m'a regardé, un peu gêné : « On sait qu'on a un problème, mais on ne sait pas par où commencer. »

C'est la phrase que j'entends le plus souvent quand une boîte me demande comment réduire ses déchets plastiques. Pas « comment recycler mieux », non. Par où commencer. Parce que la réglementation s'accumule (loi AGEC, décret 5 flux, REP), que les prestataires déchets facturent des choses absurdes, et que personne, en interne, n'a vraiment le temps de s'en occuper.

Après avoir accompagné une quinzaine de PME et deux groupes industriels sur ce sujet depuis 2021, je peux vous dire une chose : les entreprises qui réussissent à faire baisser leurs déchets plastiques de façon durable ne sont pas celles qui achètent le plus de bacs de tri. Ce sont celles qui mesurent d'abord, qui comprennent d'où vient le plastique, et qui attaquent deux ou trois postes précis au lieu de vouloir tout changer d'un coup.

Points clés à retenir

  • Un diagnostic chiffré des flux de déchets coûte moins de 3 000 € et évite de dépenser 20 000 € au mauvais endroit.
  • La logique éviter > réduire > réutiliser > recycler n'est pas un slogan : c'est un ordre de priorité budgétaire.
  • Les économies viennent rarement du tri lui-même, mais de la suppression des emballages inutiles et des consommables jetables.
  • La loi AGEC fixe une échéance : fin des emballages plastiques à usage unique d'ici 2040. Autant prendre de l'avance.
  • Sans un référent interne identifié, la démarche s'essouffle en trois mois.

Combien coûtent vraiment vos déchets plastiques (et pourquoi vous ne le savez pas)

Voici un chiffre qui a fait buguer plus d'un dirigeant autour de la table : quand j'ai audité une PME de logistique en 2023, elle payait 340 € la tonne pour l'enlèvement de ses déchets non dangereux. Sur l'année, ça représentait 41 000 €. Mais le vrai coût, celui qu'on ne voit jamais, c'était le temps passé à reconditionner des palettes filmées trois fois au lieu d'une, et les 4 % de produits arrivés abîmés parce que l'emballage était sous-dimensionné.

La méthode d'audit que j'utilise (et qui prend cinq jours, pas cinq mois)

Pas besoin d'un cabinet à 40 000 €. Ce que je fais, concrètement :

  1. Peser chaque bac pendant une semaine complète. Une balance de quai ou même un pèse-personne industriel suffit. On note les tonnages par type : DIB, cartons, plastiques durs, films, biodéchets. Coût : zéro euro, juste un peu de discipline.
  2. Ouvrir trois sacs par flux. Oui, ouvrir. C'est sale, ça prend une heure, mais c'est la seule façon de voir ce qui est jeté par erreur. Sur un site, j'ai trouvé 18 % de déchets organiques dans le bac DIB. Dix-huit pour cent.
  3. Croiser avec les factures du prestataire. Exiger le détail ligne par ligne : abonnement, location de benne, nombre de levées, tonnage réel. Beaucoup de contrats incluent des levées « forfaitaires » qu'on paie même quand la benne est à moitié pleine.
  4. Cartographier les points d'entrée du plastique. Papier de palettisation, films de protection, sacs de pièces, gobelets de la machine à café, bouteilles d'eau en salle de réunion, cartouches d'encre, blisters d'emballage fournisseurs. On les note tous, on estime un volume mensuel.

Le problème ? La plupart des PME n'ont jamais fait ce travail. Elles reçoivent des factures globales qu'elles paient sans regarder, et elles découvrent à l'audit qu'elles paient des levées pour des bacs vides.

Les leviers qui font vraiment baisser la facture plastique

Il y a les actions qu'on voit dans tous les articles : installer des fontaines à eau, distribuer des gourdes, remplacer les gobelets. Ça marche, mais c'est cosmétique. Ça fait baisser de 5 à 8 % le poids total, pas plus. Les vrais gains sont ailleurs.

Les leviers qui font vraiment baisser la facture plastique
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Le film de palettisation : le poste le plus juteux

Sur un site logistique de taille moyenne, le film étirable représente souvent 40 à 60 % du plastique jeté en poids. La première fois que j'ai suggéré à un client de tester un robot de palettisation semi-automatique, il m'a ri au nez. Trois mois plus tard, il était passé de 180 grammes de film par palette à 70 grammes. Sur 400 palettes par semaine, ça fait 2,3 tonnes de plastique évitées par an — et l'investissement était amorti en dix-huit mois.

Vous n'avez pas forcément besoin d'un robot. Changer la tension du film, former les caristes à la bonne technique de cerclage, acheter du film pré-étiré plutôt que du film standard : sur un site de vingt personnes, ce sont déjà des kilos en moins chaque semaine.

Les consommables jetables : viser là où ça pique

Dans les bureaux, le plastique jetable se niche dans des endroits qu'on ne voit pas. J'ai fait l'inventaire dans mes propres locaux : gobelets, dosettes de café, touillettes, bouteilles d'eau, sacs poubelle, sachets de thé, blister de recharges imprimante. Total estimé : 22 kilos par personne et par an pour une équipe de vingt. C'est énorme.

Les substitutions qui marchent, dans mon expérience :

  • Bouteilles d'eau en salle de réunion → carafes en verre et fontaine. Coût récurrent divisé par trois en un an.
  • Dosettes → machine à café en grains. Point.
  • Gobelets → chacun apporte son mug. Un mot du boss dans le journal interne et c'est réglé en une semaine.
  • Sacs poubelle → sacs en matière recyclée ou suppression quand la collecte le permet.
  • Blister de recharges imprimante → passer à un prestataire qui fait du recyclage inclus.

Une chose que j'ai mal faite au début : j'ai tout imposé d'un coup. Résultat, fronde des équipes, retour en arrière sur les gobelets, perte de crédibilité. La bonne approche, c'est de commencer par deux ou trois postes visibles, de communiquer les résultats, puis d'en ajouter d'autres. Je vous le dis franchement, j'ai perdu six mois à cause de ça.

Gérer ce qui reste : réemploi, REP et aides mobilisables

Vous n'éliminerez pas tout le plastique. Certains emballages sont imposés par la réglementation (contact alimentaire, dispositifs médicaux, transport de matières dangereuses). Il faut donc traiter le reste intelligemment, pas juste jeter tout dans la même benne en priant que ça passe.

Gérer ce qui reste : réemploi, REP et aides mobilisables
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Le tableau des options selon votre situation

Situation Levier prioritaire Délai typique Difficulté
Petite structure (moins de 30 salariés) Suppression des jetables bureaux + tri 5 flux 1 à 2 mois Faible
PME logistique Optimisation palettisation + films réutilisables 3 à 6 mois Moyenne
Site industriel Diagnostic par ligne de production, substitution matières 6 à 18 mois Élevée
Bureaux tertiaires Fontaines, carafes, contrat prestataire repensé 1 à 3 mois Faible

Le réemploi, pas le recyclage, est votre meilleur allié

Pour les palettes, bacs de manutention, contenants en plastique dur : avant de les jeter, regardez qui, dans votre secteur, pourrait les réutiliser. Un industriel que j'ai accompagné a économisé 11 000 € par an en passant d'un achat de 400 bacs neufs à un système de réemploi interne avec une petite station de lavage. La REP sur les emballages professionnels, à laquelle beaucoup d'entreprises sont assujetties sans le savoir, finance aussi une partie de ces démarches. Vérifiez auprès de votre éco-organisme.

Sur les financements : l'ADEME, les Chambres de commerce, certaines régions et l'Europe (via le Pacte Vert) ont des appels à projets ou des subventions pour les audits déchets et les investissements de réduction à la source. Ça vaut la peine de passer un appel à votre CCI. Dans mon cas, un client a obtenu 40 % de prise en charge sur un audit — pas énorme, mais c'est déjà ça.

Combien de temps faut-il pour voir des résultats concrets ?

Sur les consommables bureaux et la sensibilisation : quelques semaines. Sur la palettisation et la substitution de matières : comptez trois à six mois avant de voir les tonnages baisser dans les factures. Sur une refonte complète d'emballage produit, c'est plutôt deux à trois ans. Méfiez-vous des promesses de résultat en trois mois sur tout le périmètre.

Faut-il un prestataire déchets spécifique ?

Pas nécessairement au début. Un diagnostic interne bien fait permet souvent de renégocier le contrat existant à la baisse. En revanche, si vous avez plusieurs sites, un prestataire qui fait du reporting consolidé évite les mauvaises surprises.

Comment impliquer les équipes sans faire de la communication creuse ?

Rendez les résultats visibles. Un tableau d'affichage avec le tonnage mensuel, l'évolution, et le montant économisé. Les gens accrochent quand ils voient que ça change quelque chose. Le reste, c'est du vernis.

Ce qui se joue vraiment

Réduire les déchets plastiques en entreprise, ce n'est pas un projet RSE qu'on case en bas d'une slide. C'est un chantier opérationnel qui touche aux achats, à la production, à la logistique et aux ressources humaines. Ceux qui le traitent comme un projet transverse avec un référent nommé obtiennent des résultats. Ceux qui le délèguent au stagiaire RSE pour « faire une charte » n'obtiennent rien.

Et si vous ne savez pas par où démarrer, commencez par ceci : ouvrez trois poubelles. Regardez ce qu'il y a dedans. Pesez. Vous serez surpris, et vous aurez déjà la moitié de votre plan d'action.

Nicolas Marchand
AUTEUR

Nicolas Marchand est journaliste spécialisé dans les enjeux climatiques et énergétiques. Depuis une quinzaine d’années, il couvre les politiques d’atténuation du changement climatique, les mécanismes de compensation carbone et le développement des énergies renouvelables. Son travail l’a conduit à enquêter sur les marchés du carbone et les transitions énergétiques en Europe et en Afrique.

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